L'HISTORIQUE DE SAINT NICOLAS DE PORT   

 

Le nom de Saint-Nicolas-de-Port provient de Portus qui signifie le « passage » sur la Meurthe, à la croisée de deux grandes voies romaines se dirigeant vers Toul et vers Trèves. Du vicus romain, seul le nom Port subsiste à la fin du XI° siècle quand une relique de saint Nicolas rapportée d'Italie par le chevalier Aubert de Varangéville est déposée dans une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Port. Ainsi naît l'un des plus importants pèlerinages d'Europe du Moyen Age qui attire aussi des marchands de plus en plus nombreux. Créées au XII° siècle, les foires portoises sont les plus anciennes de Lorraine. Très vite, Port devient la capitale économique du duché, sa ville la plus peuplée (une population double de celle de Nancy), la plus riche et la plus fréquentée. Elle prend alors le nom de Saint-Nicolas-de-Port vers le XV° siècle.

Occupée par les Bourguignons, elle est délivrée le 4 janvier 1477 par les troupes du duc René II qui lance le lendemain la célèbre bataille de Nancy au cours de laquelle Charles le Téméraire est tué. S'ouvre ensuite une ère de grande prospérité : le prêtre Simon Moycet fonde en 1480 l'hôpital Saint-François et fait sortir de terre en 1495 l'actuelle basilique Saint-Nicolas, sanctuaire national des Lorrains. Le chantier attire des artistes internationaux. Une halle en bois plus vaste est reconstruite en même temps pour les quatre foires annuelles.


En 1501 Pierre Jacobi implante la première imprimerie de Lorraine. Puis un canal de dérivation de la Meurthe est creusé dès 1519 pour alimenter les moulins et les foulons des drapiers, principale corporation de la cité.

Mais les épidémies, la crise économique et l'expulsion des protestants à la fin du XVI° siècle entament le déclin de la cité marchande. Pour faire face à ces fléaux, le duc Charles III implante en 1582 des portes aux cinq entrées de la ville, instaure en 1597 deux foires franches et fait édifier en 1602 une nouvelle halle en pierre aux dimensions plus modestes pour aménager la grande place publique. Sur celle-ci sont condamnées plusieurs sorcières. Et au début du XVII° siècle, de nombreux ordres religieux s'installent sur de vastes domaines : Les Annonciades, les Bénédictines, les Dames de la Congrégation, puis également les Bénédictins qui gèrent le pèlerinage et les Jésuites qui tiennent le collège de la ville.

Puis au cours de la guerre de Trente Ans, en novembre 1635, la ville dépourvue de fortifications est pillée, saccagée et incendiée par les troupes françaises et suédoises. Détruite aux deux-tiers et presque déserte, elle reste en ruines pendant plusieurs décennies. Sa reconstruction débute vers 1661 quand la Cour Souveraine de Lorraine vient siéger à l'hôtel de ville épargné par les flammes.

Saint-Nicolas-de-Port devient le siège d'une prévôté de 1698 à 1751. Devenue française en 1766, la ville est choisie chef-lieu de canton en 1790. La Révolution lui soustrait ses derniers trésors : toutes les matières d'or, d'argent et de bronze contenues dans la grande église et dans les couvents, vendus comme biens nationaux, sont fondues. Sous le régime de la Terreur, les rues sont renommées et la cité devient provisoirement Port-sur-Meurthe.

Au cours du XIX° siècle, la population croît rapidement avec le développement de nouvelles industries telles que les filatures et tissages, les brasseries et l'exploitation du sel du sous-sol. Au lendemain de la guerre franco-allemande de 1870, Saint-Nicolas proche de la nouvelle frontière devient ville de garnison : le quartier Félix Douay accueille le 4° Bataillon de Chasseurs à Pied jusqu'en 1914, puis le 37° Régiment d'Infanterie, et enfin le 30° B.C.P. de 1936 à 1939.

Epargnée par le premier conflit mondial, la ville qui subit d'importants dégâts lors des tirs d'artillerie du 19 juin 1940 est libérée de l'occupation allemande le 14 septembre 1944. Enfin, avec la construction d'importants lotissements de 1955 à 1990 (le Nid, quartier Prignet, la Chêneraie) et malgré la fermeture des usines, la population atteint aujourd'hui près de 7700 Portois.

Cyrille BRONIQUE, historien local.